Bertrand Herz: Message d’un déporté à la jeunesse

novembre 13, 2007

En fait le message essentiel, c’est le respect de l’Autre, en toute circonstance.

Le manque de respect, l’humiliation, je l’ai particulièrement perçue, pendant l’occupation, mais aussi après.

J’ai été interné assez tard et pendant huit mois.

J’ai souffert de l’exclusion de la communauté nationale, par exemple de la part de l’Etat, surtout lorsqu’il m’a obligé à vivre en clandestin. Cette impression de rabaissement, d’intimidation qui oblige à se cacher, de vivre à part, je l’ai très mal vécue.

En opposition à cela, j’ai été profondément touché par l’attitude de résistance de tant de gens, notamment mes camarades de classe. Lorsque j’ai été forcé de porter l’étoile jaune certains du lycée Condorcet (Paris) l’ont fait avec moi.

Ce que je veux dire aux jeunes, c’est qu’il faut se défier des « étiquettes »…

Le deuxième message tient à la déportation.

J’ai perdu mes parents à ravensbruck et à Dora. J’ai dû tellement me débattre dans l’enfer des camps que je supporte assez mal de voir des jeunes se défosser sur leur environnement:

Il faut trouver en soi la force pour s’en sortir; la force de se faire soi-même.

Guy Ducoloné, un Français résistant témoigne

novembre 6, 2007

Cuy Ducoloné est un homme politique français, né à Monsempron-Libos (Lot-et-Garonne), le 14 mars 1920. Ouvrier-métallurgiste, militant de la Jeunesse communiste, résistant de la première heure, il est déporté à Buchenwald mi-44, et participe à la libération du camp dans la « brigade française d’action libératrice ». Dirigeant du PCF après guerre, il sera conseiller général et vice-président de l’Assemblée nationale. Il préside l’Association française Buchenwald-Dora et Kommandos.

Site: http://www.buchenwald-dora.fr/

L’entretien à été réalisé dans les locaux de

l’association, 66 rue des Martyrs, Paris 75009, le 25

octobre 2007.

Secondwar: Quelles expériences retirez-vous des événements de la seconde guerre ?
Guy Ducoloné: je ne sais pas si on peut parler d’expériences, plutôt d’impressions. Ce n’est pas rien quand on a vingt ans et que l’on voit son pays occupé; surtout quand, jusque là, on a vécu d’antifascisme, et que le pays est attaqué par des fascistes. J’étais en ce qui me concerne membre du PC depuis 1936 et j’ai vécu les grandes luttes antifascistes: l’Italie, l’agression contre l’Espagne par Franco… J’ai vu des jeunes venir se réfugier en France, venus de l’Est; et tous ces jeunes m’ont appris ce qu’était le fascisme en action, à la direction d’un pays. C’est muni de cette expérience qu’ensuite j’ai participé à la résistance, -ceci dès ma démobilisation- (j’étais de la classe d’âge appelée).
Secondwar: Et par rapport au pacte Hitler-Staline ?
Guy Ducoloné: J’ai appris -comme d’autres- la signature du traîté de non-agression germano-soviétique. Il y a eu un moment de surprise; ma réaction a été: « ça ne peux pas être dirigé contre nous; l’Union Soviétique ne peux être l’alliée des hitlériens ». Cela a été la réaction pour beaucoup de communistes. J’ajouterais: j’avais en tête qu’en 1938, le président du Conseil Daladier, et le dirigeant Chamberlain, avaient signé un pacte à Munich avec Mussolini et Hitler. Et qu’il y a eu, à partir de cette période, un refus de la France et de l’Angleterre de toute discussions sérieuses avec l’Union Soviétique. Simplement résumé: je n’ai pas personnellement condamné le traîté, et ça n’a rien entravé dans mon activité clandestine contre l’occupation et contre la Collaboration, de Pétain et de ses amis, avec Hitler.
Secondwar: Quelles sont, selon vous, les causes de la seconde guerre mondiale ?
Guy Ducoloné: La venue au pouvoir d’Hitler a été obtenue de façon très légale, à la suite d’élections. La campagne d’Hitler s’est menée en protestation des clauses de l’Armistice de la guerre 14 et, d’autre part, avec la promesse de donner au peuple allemand du travail; et il y est partiellement parvenu avec la politique de grands travaux et de ré-armement.
Toutes ces choses n’ont pas été percues, en France, par beaucoup de monde. Je dois dire qu’à cette époque, bien seul, le PCF à dénoncé avec force et travaillé à la paix (cf le discours de Gabriel Péri, à la Chambre des Députés).
Secondwar: Que se passe-t’il lorsque vous entrez en résistance en 1940 ?
Guy Ducoloné: Je vous rappelle que toute la partie mobilisable de la France était sous les drapeaux; et on a appelé cette période « la drôle de guerre »: c’est a dire qu’on ne faisait pas vraiment la guerre; Lorsque les Allemands ont commencé à envahir la France, en dehors d’un certains nombre de soldats et de sous-officiers qui se sont battus, il y a eu la desertion des élites. Mais il y a eu également à ce moment un certain nombre de personnalités contre la nomination de Pétain au gouvernement. Le départ du Général de Gaulle pour l’Angleterre a signé le refus de cette politique. Il fallait convaincre tous ceux qui étaient « déboussolés » que l’on pouvait agir contre cette situation, et les communistes ont été de ceux-là. Rappelez-vous le 11 novembre 1940: les étudiants ont manifesté, mais parmi ceux qui ont appelé, il y avaient les étudiants communistes. Je me souviens (et on en a beaucoup parlé cette semaine) de Guy Môquet qui avait dix-sept ans, et dont le père communiste avait déjà été arrêté pour avoir diffusé des tracts…et de tous les fussillés de Chateaubriand, comme de Nantes -le même jour- et de Bordeaux le lendemain, des communistes qui avaient été arrêtés pour la plupart avant juin 41 -date de l’attaque hitlérienne contre l’URSS-.
Seconwar: A ce moment crucial, les communistes sont-ils seuls à être suffisament organisés pour resister ?
Guy Ducoloné: Non, à ce moment-là, il y a des groupes de personnes: étrangers (arméniens par exemple) et très directement menacés, des réfugiés et des Juifs, des groupes de socialistes, de gens qui ont rejoint De Gaulle…certains de droites, et ce n’était pas les plus nombreux, qui ont créé, soit des réseaux d’information, en liaison avec les anglais, soit des réseaux de solidarité -mais c’était plus difficile -.
C’est la période (mai 1941) où le PC crée le Front national de lutte pour la libération de la France, où se sont retrouvés des hommes et des femmes d’opinions diverses. C’est d’ailleurs à partir de ce « Front National » que se sont constitués les forces des Francs-Tireurs.
Les nazis progressent mais cela n’arrête pas la lutte, je dirais que ça la motive… ce qui explique également qu’à ce moment, des collaborateurs (au gouvernement Pétain et aux Allemands) aient été la cible des Résistants.
Secondwar: A cette époque où vous avez moins de vingt ans, comment, selon vos souvenirs, réagissaient la tranche 40-60 ans ?
Guy Ducoloné: Ils ont vécu les choses comme les plus agés et inversement! je dirais quand même qu’il fallait une sacrée dose de courage, quand on était marié et père de famille, pour mener un tel combat quand on savait que le risque était grand soit d’être arrêté, soit tué. C’était la période des otages qui s’est modifiée fin 42 – début 43, même s’il y a eu encore des exactions, les Allemands choisissaient davantage la déportation. Faire mourir les déportés était moins visible que d’éxécuter des otages.d’autres déportés étaient envoyés dans des usines de guerre, en remplacement d’Allemands envoyés au front.
Secondwar: mais puisque certains -dont vous- ont pris des risques pour sauver des déportés, et des juifs, c’est quil y avait une certaine connaissance de ce qui ce passait à l’est (la question de Begnini dans « la vie est belle »)?
Guy Ducoloné: Le fait de la destruction des Juifs était le fait des nazis. Les premières déportations s’effectuent à partir de la France. Il y a eu des camps d’internement, notamment à Chateaubriand en France, et à partir de 1942 commença la déportation des Juifs et de ceux qu’on appelle les « politiques ». C’était une politique systématique, et on peut dire que tous les camps d’internement étaient des lieux plus ou moins d’extermination: une mort plus ou moins rapide, immédiate pour la plupart des Juif, mais au bout du compte tous le monde devait mourir; Mais dans certains camps, on faisait travailler les gens qui s’y trouvaient. Je dirais en corrélation que lorsqu’on oblige des gens à travailler, la tendance naturelle est à ne pas travailler et quand il s’agit de le faire pour les nazis, la tendance est de réellement mal travailler…
Secondwar: Nous en arrivons à l’année 43…
Guy Ducoloné: après Stalindrad, les combats en Afrique gagnés par les anglo-français, on était plus dans la période du nazisme triomphant et les aspirations des antinazis tendaient à davantage s’exprimer.
Secondwar: comment abordez-vous « la rose et le réséda »?(la coexistence des chrétiens et des communistes au sein de la Résistance)
Guy Ducoloné: comme un grand poème et une grande chose, mais qui souligne, de la part d’Aragon, un hymne au combat nationnal, quels que soient la religion ou le parti de l’un ou de l’autre.
Secondwar: où étiez-vous à ce moment là ?
Guy Ducoloné: je suis arrêté le 1er mai 1942: la santé d’abord, Frênes, la centrale de melun, Compiègne;-pour finir le 14 mai 1945 à Buchenwald.
Seconwar: qu’est-ce qui peut être appris d’un tel camp ?
Guy Ducoloné: on apprend à lutter de manière différente, on apprend la solidarité, on apprend une certaine tolérance.
Il y a eu une organisation collective très efficace englobant les français, avec toute une série de personnalités, et dont le rassemblement nous fournit la confiance pour continuer la lutte. Le camp de Buchenwald s’est libéré le 11 avril 1945; les troupes américaines n’étaient pas loin mais notre camp n’était pas sur leur route. Quelques éléments blindés ont été repérés, les détenusse sont révoltés (après le bombardement du 25 août 1944, où de nombreux déportés ont été tués dans l’usine d’armement où ils travaillaient, nous avons récupéré des armes, que nous avons fait entrer dans le camp avec les cadavres des victimes). Nous avons même fait près d’une centaine de prisonniers. Les Américains sont arrivés un peu après, ils étaient tout prêts. Les nazis avaient peur, et rien n’aurait été possible si les américains n’avaient pas été dans le secteur.

Pour finir, je dirais qu’il existe encore des éléments fascistes en 2007, en Belgique, en France, en Italie…

Or nous nous étions juré, au camp, de continuer le combat. Mais il y a toute une série de phénomènes politiques intolérables, par exemple les lois disciminantes sur les immigrés, au point de les assimiler à des criminels. Egalement, nous rêvions après-guerre d’un monde où le chômage aurait disparu, or aujourd’hui il y a des travailleurs pauvres…

Paris 2007, locaux de l’association Buchenwald-Dora.

Pour une approche condensée de la résistance intérieure
fr.wikipedia.org/wiki/Résistance_intérieure_française

Présentation des glissements fonctionnels

octobre 30, 2007

« En pleine dépression économique par surproduction et défaut de consommation payante -au nom de l’Etat völkische invoqué par Mein kampf – le territoire allemand va se couvrir de ces camps de travail où de « jeunes idéalistes », astreints à un service de travail obligatoire qui n’est plus volontaire, s’appliqueront à produire plus, sans être payés. » (Jean-Pierre Faye in « Langages totalitaires »)

La « frange völkische », hésitante, au début des années vingt, entre Otto Strasser et Adolf Hitler, incarne comme un seul homme une valeur – qui est un prix – : « arbeitdienst », filé dans le discours de janvier 1934 du recteur Heidegger: « service du travail », sous-entendu du « Parti Ouvrier Allemand », au « socialisme » étriqué ou « national ».

Le premier sous-titre des Jeunesses Hitlériennes trahissait le rapport d’élites, de masses et de sacré qui ferait le fond d’une doctrine du sacrifice absolu: « Bund der deutschen Arbeitjugend »: là où les jeunesses ouvrières se rassemblaient dans une union, association: verein, vereinigung, verband, le « bund » signalait un ordre initiatique. Est-ce en raison de la faiblesse des HJ dans les zones prolétaires que le sous-titre fut abandonné ?

Plus agés sont les membres de l' »Association Allemande des Bourgeois » (citoyens) Deutsche Bürgervereinigung, creuset où Dietrich Eckart met en relation Hitler avec la famille Wagner.

Le mouvement agit dans l’espoir de réconcilier Nietzsche et le musicien. Mais à l’opposés des situations:qui argue d’une simple volonté de croissance, mais rendue effarante volonté de puissance, qu’elle brandît à contre-sens, par une falsifiquation des Archiv Nietzsche;

Dans sa vérité de fragment nitzschéen, placé sous le titre « transvaluation des valeurs », le philosophe allemand qui eût préféré ne pas être Dieu – pour le désavantage social – explore en vérité une force supérieure et complémentaire à la force – celle qui est brandie par le mouvement-, sous la valeur quantique générale d’une inversion des valeurs bourgeoises; une valeur des opprimés pour qui il réclame un véritable parti politique; et qualifie au contraire les différentes dimensions physiques et naturelles comme -déjà – « des cordes », où les éléments gravitationnels sont comptés en « machtquanta », en « puissance quantique de contribution à la beauté de la vie ».

A l’opposé d’elle, voilà ce que Nietzsche anti-antisémite selon ses mots, identifie comme rabia nationalis, pleine de ressentiment, elle qui ressasse : 1789, 1830, 1848, 1870… (guerre = révolution, hâtive équivalence, premier des deux opérateurs sémantiques inversés;« les journées d’août 1914 sont le commencement de la révolution allemande » Rosenberg), à partir de regards ésotériques, tels que celui de Félix Dahn: le combat pour Rome de 1876, où sont invoqués les noms de Dieux de la guerre.

Comment se nommaient déjà les divinités qui protégeaient Alfred Schuler dans sa définition d’oeuvre au noir, lors des conférences chez l’éditeur Bruckmann (1922)? Dietrich Eckart croyait-il sincèrement à l’histoire de Shuler de sa réincarnation d’un colon romain de Rhénanie? Thomas Mann lui s’en amusait d’un inquiètant et prophétique Mario et le Magicien: Cavaliere Cipolla, hypnotiseur de foule , grotesque et ridicule…
Tout cela, avec cet éditeur, Eugen Diederichs, rédacteur en chef de la tribune völkische « Die Tat » (1912) , prépare le retour et l’avènement des Dieux germaniques et du Dieu abrahamique (deuxième opérateur inverse n.s. cardinal)…

Niebelungen ou Graal, un holisme exclusif, un couple « fuzzy » mais réel: le « Loup de Tannenberg » et sa femme Mathilde Ludendorff.

C’est cette intention floue qui va justifier l’extension conservatrice-révolutionnaire.

La protèger et révèler, au sein de sa ligue, le côté « face » (celui qui (est) aveugle: paradigme de Pasawalk) de la proposition initiale du « retour aux sources »: un glissement brutal, de Hermann Hoffmann (Wandervogel 1896) à Karl Fischer (Wandervogel 1906) – l’introducteur du costume, de la hierarchie et de la salutation par le Heil, pris aux étudiants autrichiens völkische -; de völk-romantique à antisémite-völk.

Cet antisémite-là ne réclamait alors que l’affirmation d’une identité, supposément chargée d’âme; mais il réclamait déjà et l’âme est volatile, quand antisémite invoque plus qu’il ne dit, pour finalement priver « d’âme », et mener à la crémation vivant. (Selon Heidegger, personne n’est mort dans les camps d’anéantissement, parce que « personne de ceux qui y furent exterminés ne portait dans son essence la possibilité de la mort ».)

Si le Juif commissaire judéo-bolchévique n’a pas d’âme, il n’est que « stuck » (morceau), robotisé à mort.

L’étymologie du mot robot décrit justement un emprunt récent de Karel Capek (« Les robots universels de Rossum » (1921)), du tchèque robotnik, de robota, travail forcé; proche de l’allemand Arbeit, travail; de même le slave rabu, l’esclave, de l’allemand Erbe, l’héritier, au départ l’orphelin fait serf pour survivre.
Le grec orphanos, l’orphelin, venant du sanskrit arbhah à la fois faible et enfant, la relation orphelin-serf tient sa racine indo-européenne en orbh, l’héritier.

Quand le rêve whilhelminien prend fin, quel héritier pour l’Allemagne en effet ?

A la recherche de cette dignité « La révolution conservatrice en Allemagne 1918-1932 » d’Armin Mohler rend hommage à Schmitt, Spengler, les frères Jünger, mais aussi à Thomas Mann et Hans Blüher. Pourtant la réunion des onze et douze octobre 1913, sur le Hohen Meissner près de Kassel, à l’appel des treize Bünd de la jeunesse, avait déjà définitivement orienté son aile agissante: malgrès le succès public du pacifique Gustav Wyneken, c’est, – aux regrets éternels de Blüher et de Hesse-, l’énergie sombre du discours zoologique de Ludwig Klages qui résonnerait dans l’Histoire.

Sûrement cette fameuse « lumière noire », que Gustave le Bon cherchait désespérement et qui s’avéra ne pas exister…

Des ligues de jeunesse, la plus conforme à l’écologie raciste de Klages fût celle des Artamanen qui, par le biais du travail agricole, aux frontières de l’Est, et en Transylvanie roumaine, où vit une forte minorité allemande, formaient une secte . Himmler, Darré, von Schirach et Hoess (Commandant du camp d’Auschwitz) en faisaient partie.

L’émergence du mouvement s’origine après 1918, quand les cercles de l’ultra-droite prônent l’introduction d’un service général du travail; notamment le « Jungdeutscher Orden » d’Arthur Mahran, organisation nationaliste des plus caractéristique, qui plaidait les vertus du travail obligatoire et fournira l’un des cadres nazis les plus véhément, Reinhold Höhn.

Activisme rural du mouvement völkische, lui-même representé généralement par Paul de Lagarde (Deutsche schiften 1878) et Julius Langbehn (Rembrandt als erzieber 1890), ce dévouement artaman inférait d’une fiction (la fable), un espoir né d’une crainte: dans l’Est de l’Allemagne, un racisme nouveau était apparû, parce que les gros propriétaires terriens allemands faisaient appel à des travailleurs agricoles saisonniers d’origine polonaise; et dans l’exode rural consécutif à la guerre.

Autre thème, autre peur: la croissance urbaine, incommensurable et insondable, n’allait pas sans une défiance des princes. Elle semblait s’opposer à la nature même de l’Absolutisme, omniscient et omnipotent. Il fut commenté « la vieille peur des Hohenzollern devant la grande ville« , en 1789, puis 1848, et se propagea une agromanie, contre les pouvoirs citadins, leur mercantilisme, leur mixité.

Cette agrophilie avait pris un tour artistique: tandis que les jardins anglais laissaient faire la nature, le baroque aménageaient ceux du Nord et du Centre de l’Europe, à commencer par le prince franz von Anhalt-Dessau, à Worlitz en 1770; le prince Pückler faisait de même à Branitz et Muskau; comme les Hohenzollern de Prusse et Brandebourg…

Un jour, il faudrait chercher dans la généalogie et la culture, le “jus sanguinis”, que la France, unifiée dès François 1er, n’avait pas de peine à trouver sous ses pieds: le “jus soli”. Depuis l’exode rural intérieur de Sohnrey, tourné vers l’extérieur, pour l’intérêt des grands propriétaires de l’Est, jusqu’à « la culture de la patrie » (heimatschutz) du géographe Ratzel, qui pose la paleo-théorie du Blut und Boden, dont se serviront les nazis pour créer de toute pièce une religion sacrificielle, la décennie 1880/90 se fait cruciale dans son double mouvement de colonisation en Afrique et de migration d’est (rural) en Ouest (urbain). L’historien Louis Dupeux fait commencer là, en 1890 ce qu’il va nommer « le fondamentalisme national allemand ».

Dans ce contexte qui appuyait vivement sur ces ironies qui parcours l’histoire allemandes (La couronne revint au roi de Prusse, lors de la fondation du Reich en 1871, quoique la Prusse n’en fit jamais partie, mais grâce à son rang de prince électeur de Brandebourg), la montée des Sociaux-Démocrates, en 1890, au rang de premier groupe politique, sonnait le rappel menaçant du 6 août 1806: la renonciation de François II de Habsbourg devant l’ultimatum de Napoléon. Le Zentrum ayant aussi progressé; Bismark, soutien des Junkers (grands propriétaires de l’Est), dut partir.

Mais l’événement, que Soltjenitsyne aurait pu qualifier de « point nodal », se situe le 28 septembre 1890, à Francfort sur le Main. Cette réunion débouche sur l’Alldeutscher Varband, qui comptera dans son sein Hugenberg, Possehl, Kirdorf, Ratzel. Là encore la cause la plus directe amène à la colonisation: la signature du traité Heligoland-Zanzibar, trois mois avant: le 1er juillet 1890. Alfred Hugenberg, qui jouerai le rôle crucial de multiplicateur, par la presse et par l’argent, au moment de son rapprochement avec Hitler, publia dans plusieurs journaux un appel pour une Nationalverein (ligue nationale) de défense des intérêts coloniaux allemands. Ce prologue allait initier un parti peu conséquent quant au nombre de ses adhérents mais qui ne manquait pas de moyens. Cette organisation qui avait, après de longs débats, finalement choisi de rester en dehors du système politique, devint la matrice théorique du nazisme.

Ces thèmes Alldeutschen, comme tous ceux qui animent la géo-politique, font part de revendications territoriales justifiées par l’histoire, qui est un récit. L’expansion à l’Est, le développement de la marine, le renforcement des caractères de la germanité par rapport aux slaves et la stigmatisation des minorités françaises (en Alsace-Lorraine), et polonaise, vont servir de support, à de mystérieuses « anciennes vertus Allemandes » dans une révolte aristocratique contre-habsbourgeoise. Avec « la guerre régénérescente », dans un Etat qui aurait réalisé « la pureté de la race », l’organisation verra les adhérents affluer pendant la première guerre mondiale et le Alldeutscher Verband joua son plus grand rôle sur la scène occulte. A l’instigation du haut fonctionnaire appartenant au Alldeutscher Verband et mentor, Paul Tafel, Anton Drexler avait fondé le DAP. Dans le contexte des liens troubles qu’ils entretenaient avec la Thulé-gesellschaft et aux Corps-Francs.

La même année, en février pour les alldeutschen, en septembre pour Hitler, le nationalisme, né dans le tourment des guerres napoléoniennes, va trouver son vecteur le plus efficace: l’antisémitisme.

Napoléon s’était fait le défenseur des juifs et des protestants; et, à la fin du siècle dix-neuf, l’Europe semblait se réconcilier avec sa minorité juive (les lois émancipatrices sont promulguées en France en (1790-1791), en Angleterre (1866), en Autriche-Hongrie (1867), en Italie (1870), en Allemagne, dans leur version définitive, en (1871)).

Avant la tolérance d’Oliver Cromwell et de la Révolution française, les Juifs qui avaient été chassés à partir du 15ème siècle d’Espagne, mais aussi d’Angleterre et de France, avaient trouvé un répis en Europe de l’Est et à Amsterdam. Mais dès 1648 à 1658, les premières persécutions des Cosaques de Bohdan Khmelnitsky, venues d’Ukraine, annonçaient les pogroms de 1880 qui obligeaient cette fois les juifs à fuir la Russie, puis l’Ukraine et la Pologne.

Bien que sémite désigne seulement un ensemble de langues, non pas une race, et que l’hébreu ne soit qu’une seule de ses langues, les français Renan, Gobineau, Soury, Le Bon, Vacher de Lapouge, Drumont, développaient au même moment des thèses dangereuses, parlant d’une race sémite, accusée de tous les maux: thèses rendues plus meurtrières et plus fausses, d’un « penseur  » à l’autre, d’un bord à l’autre du Rhin, jusqu’à l’Oural.

Taine, le grand homme de 1900 avait intégré la « race » comme donnée usuelle.

Dostoievsky envoyait ses encouragements au chef pogomiste de la Centaine noire. Lorqu’il lui est demandé pourquoi ?, il répond, » comme cela », en haussant les épaules. Déformé de haine, Baudelaire se faisait prophétique-déjà(notons: il se démarque du racialisme scientiste de Renan pour se revendiquer de la foi):

« De l’Obsession, de la Possession, de la Prière et de la Foi.
Dynamique morale de Jésus.
Renan trouve ridicule que Jésus croie à la toute-puissance, même matérielle, de la Prière et de la Foi.
Les sacrements sont des moyens de cette dynamique.
De l’infamie de l’imprimerie, grand obstacle au développement du Beau.
Belle conspiration à organiser pour l’extermination de la race juive.
Les juifs
Bibliothécaires et témoins de la Rédemption. »

Dans le même « journal intime: Mon coeur mis à nu »(1887), publié dix ans après sa mort, Charles Baudelaire augure d’une recherche d’absolu social, qui revisiterait les expériences les plus archaïques, en réfutation de la religion, comme du progrès. Si Sade et le sadisme sont souvent évoqués à propos du nazisme, Elisabeth Roudinesco rappelle que ce dernier ne revendiquait que sa liberté et ne songeait à aucun système. Baudelaire, dans cette dernière partie d’oeuvre sortie d’outre-tombe, nous livre une transversale plus proche peut-être de celle qu’arpenteront les nazis:

Théorie de la vraie civilisation. Elle n’est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes. Elle est dans la diminution des traces du péché originel. Peuples nomades, pasteurs, chasseurs, agricoles et même anthropophages, tous peuvent être supérieurs par l’énergie, par la dignité personnelle, à nos races d’Occident.
Celles-ci peut-être seront détruites.
Théocratie et communisme.

Ici recherche d’une source originelle, idéale, et peur des « barbares », hauteur mais impuissance: ni Dieu, ni Marx ne sauraient sauver les « races d’occident »…

La droite fracturait l’Europe, de Paris à Moscou, par Berlin:

En Allemagne, le néologisme de race aryenne se diffuserait, depuis Joseph Arthur de Gobineau, dont l’Essai sur l’inégalité des races (1855) s’inspirait de découvertes philologiques: le groupe des langues indo-européennes (Au XVIIe siècle, le linguiste M. Z. v Boxhorn s’interroge sur l’existence d’une ancienne langue commune aux langues grecque, latine, perse, germanique, slave, celte… baptisée  » scythique « ; William Jones identifie, au XIXe siècle, entre plusieurs langues, des affinités «  si fortes en vérité qu’aucun philologue ne les pourroit examiner toutes trois sans croire qu’elles ont surgi de quelque source commune, qui, peut-être, n’existe plus.  » (Troisième discours à la société asiatique de Calcutta – 1786); mais c’est Franz Bopp, dans sa Grammaire comparée des langues sanscrites, zende, grecque, latine, lithuanienne, slave, gohique, et allemande, publiée entre 1833 et 1852, qui marque le départ des études indo-européennes).

Gobineau va détourner ces découvertes et s’engouffrer dans la « brèche » déjà ouverte par Boulainvillier: pour eux les nobles « descendent » des Francs, et le Tiers-Etat…des gaulois! Il en tire de fantastiques « aryens », d’une confusion entre « vieux-perses » et « nobles », dans la transcription sanscrite.

Bientôt suivi par Theodor Poesche, qui assigne les caractères nordiques aux « aryens »; et, pendant la décennie 80/90, Karl Penka, qui lui donne les yeux bleus, les cheveux blond et la forme du crâne allongée; Ernst Haeckel décrit le volet « biologique » de l’affaire; Herbert Spencer et G. H. Rendal importent la fable en Grande-Bretagne.

En 1894, Ludwig Schemann est aidé par le cercle de Richard Wagner pour fonder la  » Gobineau-Vereinigung « ; cet ami de Moeller v d Bruck (lui-même premier traducteur allemand de Dostoievski) recevra la médaille du Goethe-Institut, en 1937.

Ce racisme en phase terminale s’étend, sous l’influence du Cercle de Bayreuth: En 1899, Houston Stewart Chamberlain (gendre du musicien Richard Wagner) fait paraître  » Génèse du 19ème siècle « ; celle-ci se présente comme un  » héritage  » pour aryen d’élite (Oswald Spengler, Werner Sombart, Heinrich Treitschke ou Julien Sorel auront ce même souci d’opposer à la lutte des classes, celle de la race ou de la nation). Soutenue par Guillaume II, récusée par les scientifiques, c’est sa vision agressive de l’homme blanc supérieur qui influencerait le camp de l’hygiène raciale (Woltmann-Plœtz-Ammon), afin de maîtriser la selection naturelle, dès 1905, avec  » l’eugénisme » de Francis Galton.

Poussé à l’extrême, comme idéologie au pouvoir, dès 1933, , les stérilisations forcées seraient effectuées par dizaines de milliers; des expériences, inutiles autant que cruelles, signeraient une vaste opération d’épuration « bio-politique », sous la direction d’Eugen Ficher, professeur de Mengele, d’Ernst Rüdin et Wolfgang Abel, de l’Institut de l’empereur Guillaume, de Friedrich Bürgdorfer, directeur de la Politische Biologie et Walter Gross, chef des politiques raciales du parti.
Or prévenir  » la dégénération de la race « , s’inscrire dans le jeu des forces de la nature et y affirmer définitivement la position du « Celto-Slave-Teuton «  « Germain », suppose ré-investir son héritage (la futur Anhenerbe de Himmler).

Pendant le XIXe siècle le pangermanisme avait deux stratégies:
– après Fichte, pour le “christianisme allemand ”, Paul De Lagarde serait soucieux d’effacer de la bible tout rappel hébraïque.
– dès 1835, la mythologie germanique des frères Grimm s’inscrivait dans un domaine exclusivement néo-­paien ( culte de Wotan ).

Pour Adolf Bartels, membre de la  » Ligue allemande  » (fondée par F. Lange ( Germanisme pur – 1904 )), spécialiste en histoire de la littérature, il faudrait  » libérer la vie spirituelle allemande de l’influence juive « .

Du camp médian, la religion wagnérienne du Salut , Chamberlain énonce la conception de la divinité : « on a d’un côté Yahvé ; de l’autre, l’antique trinité aryenne … L’Eglise chrétienne a réussi à tourner heureusement le dangereux écueil du monothéisme sémitique ; elle a sauvé, en l’incorporant à sa notion de divinité si fâcheusement enjuivée par ailleurs, la triade sacrée des Aryens .. ».

Pour Rosenberg – dont les co-accusés à Nuremberg , d’après le psychologue Gilbert en 1946, ne se souvenaient – ou vantaient – pas avoir lu la litanie plaintive-énervée: »Mythe du XXème s. », où il déclarait qu’il convient « expurger l’ancien Testament de la Bible ».

Les textes de Guido List, Hélena Blavatsky et Bulwer-Lytton se situent à l’extrème pointe de la dissociation fonctionnelle du patrimoine culturel juif. Le récit agarthien est censé produire un renversement des modèles cultuels pré-existants, mais sa revendication paganiste / religieuse-nationale profitait de l’effondrement des grandes religions normatives, sous les coups du matérialisme et du rationalisme, où l »emancipation juive et le sionisme tenait sa part de responsabilité, et dans le temps de la redistribution mondiale des échanges, au 19ème siècle.

Pour List et Liebenfiels, la substitution pure et simple de Paques par Ostara signifiait directement l’abandon du monothéisme et de la rationalité.

Pour la mystique russe Nlavatky, créatrice de la Théosophie: « l’infuence orientale a nettement été discernée dans l’histoire juive depuis la captivité »: les juifs (inférieurs) détournèrent la révélation aryenne. Par conséquent, sur la scène du grand jeu spirituel, les juifs n’existaient pas.

Quant au baron anglais Bulwer-Lytton, son Graal rosi-crucien aimantait le christianisme vers le nord, non plus vers la méditérannée.

S’il existait de 1850 à 1900, un essor des sectes et des théories ésotériques et inégalitaires, notre étude isole ces trois auteurs ésotériques dont l’ensemble à la fois délirant et « rationnel », semble cohérent. Il forme l’axe ésotérique, à même de relier les anciens thèmes lucifériens, sataniques et de la scène « noire » mondiale, par le double marquage plutôt gnostique de la parabole völkisch.
C’est cette « cohérence » bien singulière, et où le juif n’occupe qu’une place secondaire, qui se propose au monde qui l’entoure. Or la tragédie, pour ainsi dire -dans – le drame, fait de l’élément anti-juif le vecteur le plus populaire de  » la fable « ; un outil de propagande qui lui permettrait en premier lieu de déplacer les lignes de Weimar, à droite.

Un compte-rendu est donné d’un article de Steinthal, disciple de Wilhelm v Humbold, dans lequel il dénonce les « antisemitischen Vorurtheile » de Ernest Renan (les préjugés antisémites) (Moritz Steinschneider, Hebraëische Bibliographie; Blätter für neuere und ältere Literatur des Judenthums, vol. III, A. Asher & Comp., Berlin, 1860, p. 16. in memoriam le petit-fils du bibliographe: Adolf, assassiné à Bellac en juin 1944 par la compagnie SS Das Reich, responsable du massacre d’Oradour-sur-Glane .), c’est sans doute la toute première fois que le mot  » antisémite  » est utilisé.
Dans un article de 1867, Wilhelm Marr déclarait, à l’opposé: « la véritable nationalité, c’est la race ». En 1879, Il reprend le mot , en positivant la position de Renan (comme Heidegger reprendra le mot de Carnap: « le dépassement de la métaphysique » pour lui donner le sens du sixième bureau de la Gestapo) et l’applique aux seuls Hébreux (là où Renan pensaient à des vagues « peuples inférieurs »), et publie à Berlin un essai antisémite: Der Sieg des Judenthums über das Germanenthum (« La victoire de la judéité sur la germanité ») . La même année, il fonde la « Ligue antisémite » et plaide pour une expulsion de tous les Juifs vers la Palestine. L’élève de Marr, Theodor Fritsch (le catéchisme antisémite – 1887); Eugen Dühring (la question juive – 1890) Arthur Dinter (le péché contre le sang (1918); Siegfried Passarge, Hans F. K. Günther, Ferdinand Clauss, Edouard Shuré…tous incarnaient alors cet espoir meurtrier, cette haine antijuive.

On observe alors également une multiplication de sectes (1); dans l’essor de « l’école de la tradition » (Schwaller de Lubicz, Schuon, Eliade, Guenon, Abélliot) ; avec un intérêt nouveau pour le lointain et le passé; en pleine activité de l’exploration, aux débuts de la protection des paysages, dont les associations pullulent sur tout le continent, et des premières mesures conservatoires du patrimoine; aux commencements de l’archéologie.

Les sectes inégalitaires et blanches (le KKK avec le costume de l’Inquisition espagnole, est créé le 24 décembre 1865), profitent – ou sont engendrées – du trouble consécutif au darwinisme (1859, « l’Origine des espèces ») qui abolissait la génèse « classique », c’est à dire biblique…

Dans ces dernières décennies du siècle dix-neuf, les liens se tissent;entre sectes (dérivé étymologique de « suivre »), « occultistes » (le mot est de cette période, par Alphonse Louis Constant) allemandes et anglaises; des relations d’honneur et de fraternité, sur le socle étroit de la « race », entre personnes d’une certaine classe – à partir d’une même vision réaliste-magique – et des habitudes de salons médiumniques, nécrophiles, gnostiques, ultra…ce pendant plusieurs générations.

Il y avait déjà des éléments inquiétants dans ce mélange entre politique et secret, et qui vient conforter les sciences racialistes françaises. L’un d’eux est axé sur la “magie sexuelle”, l’obtention de pouvoirs “spéciaux” dérivant de pratiques tantriques: en 1888, l’année qui suivit la fondation de l’Hermetic Order of the Golden Dawn, Londres est ravagée par une série de crimes sexuels, ceux de Jack l’Éventreur qui restent un mystère…

Certains détails, personnages et relations et une homogéneîté du contenu (hierachie des races, recyclage de l’atlantide et du Messie, terre-creuse, emballage chevaelresque…) montrent de manière indéniable l’irruption de cette culture ésotérique en Europe.

Dans ce contexte et depuis son irruption au treizième siècle, la Kabbale accompagne la libre pensée, au creuset de la réflexion « métaphysique » d’Al Fârâbî et Averroes.

Et un fossé sépare « mage anarchiste » (Lévy) et « apprenti-gnostique  » (Bulwer-Lytton): Eliphas Lévy fait tout pour éviter de répondre aux questions de Edward Bulwer-Lytton (cf Dogme et rituel de la haute magie), trop impliqué dans l’évolution de Rose-croix, bien décidés à en finir avec la réalité, au sein de l’Hermetic Order of the Golden Dawn.

Après différentes péripéties entre ses activités politiques et occultistes, Bulwer-lytton, dont le fils, Vice-Roi des Indes, initierait Saint-Yves d’Alveydre, se vantera d’avoir tiré de Lévy les mystères d’une forme d’énergie magique, que le Baron nomme le “Vril”; le vril donnera son nom à une société qui participera pleinement à l’épanouissement des mystères raciaux au royaume de sa Majesté, notamment dans son « the coming race », jusqu’à toucher le Duc Hamilton, qui semblera lui-même bien dépassé lorsque Rüdolf Hess atterrira sur ses terres d’Ecosse en 1941.

Lr vril fut, depuis « le matin des magiciens », assimilé hâtivement avec le fondateur de l’Institut de géopolitique de Berlin Karl Haushofer; afin de mieux souligner sûrement (dans ce camp de droite où la croyance atteint la raison), les convergences surprenantes entre les « prophéties » de Bulwer-Lytton, Blavatsky et List, comme une synthèse totale avec celui qui contribuera de manière décisive à l’élaboration de l’idéologie nazie en ce qui concerne l’idée de race aryenne « en lien avec son destin » et d’“espace vital”, le Lebensraum: Haushofer; et d’autre part les moyens pour parvenir aux grands desseins: le taylorisme et le darwinisme social, muté en eugénisme radical.

Mais si le sens secret est effectivement un détournement de la Kabbale (cette mystérieuse énergie divine et naturelle découverte par E. Lévy), l’étymologie du « Vril » le ramène nécessairement dans le camp raciste: à un auteur royaliste Louis Jacolliot, et à la colonisation, en 1830…Pour cet auteur « le Chist est indhou »…

Bulwer-lytton, s’il est un peu oublié aujourd’hui, si les historiens n’osent pas l’approcher de la pensée nazie à cause de la voie de garage du livre « le matin des magiciens », et si Eliphas Lévy l’évite systématiquement, domine la scène mondaine ésotérique européenne de son temps.

Il inspire Blavatsky mais aussi Steiner, par exemple avec Zanoni pour le spectre des « gardiens de Threshold » (1912).
Rudolf Steiner sera lui-même fondateur de l’anthroposophie, franc-maçon, dirigeant de la « Société théosophique » (de Blavatsky) en Allemagne, grand maître de l’ordre des Illuminés « Ordo Templi Orientis » (OTO) et grand maître de la branche »Mysteria Mystica AEterna ».

A partir de 1996, ce dernier réalisa au domicile de Nietzsche à Naumbourg, la recension des mille et quelques oeuvres, essais et fragments, sous l’oeil torve d’Elisabeth, la soeur du philosophe .

Elisabeth aimait son frère dès le plus jeune âge, au point d’être ouvertement jalouse de sa vie sentimentale. Elle s’occupa de lui à Bâle, notamment quand il tomba malade. Complices depuis l’enfance, ils jurèrent de se marier ensembles.

Mais en 1885, elle se maria avec un antisémite, agitateur d’extrême droite, et ancien professeur, Bernhard Förster. La double raison d’antisémitisme et de jalousie sépara momentanément de frère et la soeur;

Le couple Förster s’en vont fonder une colonie de pure race aryenne au Paraguay du nom de Nueva Germania qui verra le jour grâce à l’immigration d’une dizaine de familles allemandes. Mais l’échec de l’implantation de la colonie mènera son mari au suicide en 1889. Elisabeth décide donc de rentrer définitivement en Allemagne pour s’occuper de son frère qui tombe malade la même année.

C’est le temps de grands bouleversements, dans les années 1890, l’amélioration soudaine de l’économie et de la démographie masquait peu l’effondrement de l’agriculture. Deux stratégies aux conséquences importantes: en France, l’accent est mis, une fois de plus, sur le renforcement des classes moyennes « républicaines »; en Allemagne, l’esprit völckishe souffle, avec l’Empereur, « au dessus des classes sociales », le protectionnisme agricole se fait agressif. Déjà en mai 1882, l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie fondaient la “Triplice”, devant qui va se dresser la “triple entente” (l’Angleterre, la France, la Russie).

L’affaire Dreyfus (1894 / 1903-06), fil rouge de la Recherche du Temps perdu, de Marcel Proust, montre que l’Europe est dessinée bien différemment.

Entre Vienne, selon les intuitions mystiques de Guido List: Capitale mondiale, et plus tard Germania, la ville d’Hitler, nos admirateurs et protecteurs de paysages Artarmanen paraissent savoir où ils vont.

Fin 1923, début 1924, des appels sont lancés dans les publications réactionnaires: les jeunes devraient fonder des communautés de volontaires du travail pour reprendre les tâches habituellement dévolues aux ouvriers agricoles polonais, comme un service de bon grès au bénéfice du « peuple » allemand, comme un exemple par l’action de sacrifice, comme une possibilité d’échapper à l’urbanisation malsaine, et surtout pour freiner l’avancée polonaise des terres de l’Est.

A la suite de ces appels, le mouvement des Artamanen (Artam signifie « Gardien du pays ») se constitue avec des jeunes issus de plusieurs ligues (Wandervogel et Freideutsche Jugend, catholiques « Quickborn », anciens du Jungdeutscher Orden, des SA et militants des « Wehrverbände » (associations de défense des provinces de l’Est)), puis évolue en organisation structurée, active dans les provinces de l’Est, surtout en Prusse orientale et centrale.

Avril 1924, 80 premiers Artamanen, répartis en onze groupes, commencent à travailler. Derrière cette première phase qui servait à refouler les travailleurs saisonniers polonais et accentuer la densité « aryenne » dans les zones frontalières, les Artamanen voulaient jeter les bases d’une nouvelle religion où le mot race retrouverait pleinement sa première acception, à mi-chemin entre animalité et noblesse, appelée à prendre forme depuis les « régions de l’Est » d’une Allemagne rénovée.

En 1929, 2 300 Artamanen animaient 270 grandes fermes. Mais, l’Artam-Bund, alors au sommet, se déchire déjà: depuis 1927, certains essayaient de se doter d’une installation permanente dans les régions de l’Est. Par ailleurs, les Artamanen nationaux-socialistes tentaient par tous les moyens de faire adhérer le mouvement à la NSDAP. Parmi les principaux partisans de cette absorption, Himmler. Arrive la rupture, l’Artam-Bund renvoie la moitié de ses cadres. Une nouvelle ligue apparaît, l’ »Artamanen-Bündische Gemeinde für Landarbeit und Siedlung » dédiée aux colonisations permanentes; avec l’Artam et le bund der Artamanen/National-sozialistischer Freiwillige Arbeitsdienst auf dem Lande » (Mecklembourg), il fera le noyau dur du futur « Service Rural » de la Hitlerjugend.

1930, la « Bündische Gemeinde » acquiert sa première propriété en Prusse orientale; puis de 1930 à 1935, 158 exploitations et parmi celles-ci, 46 cédées à des Artamanen, bien décidés à demeurer sur place et à former des nouveaux venus dans l’un des centres du mouvement.

Au cours de l’année 1934, l’Artam-Bund finit par se faire avaler par le service rural de la Hitlerjugend. « Bündische Gemeinde » et « Artamanen » doivent à présent composer avec les impérieux besoins des autorités nationales-socialistes et ses multiples  » organisations de colons « .

Sur la porte de différents camps de rétention et de mort, on pouvait lire l’inscription « le travail rend libre » (arbeit macht frei).

Les lettres de fer forgé signalaient secrètement le territoire sans pitié d’Odin-Christ, syncrétisme pseudocelte / chrétien-ultra, basé sur l’exclusion du judaïsme; le Cardinal français Lustiger saura définir la perspective (2005, cinquantième anniversaire de l’ouverture des camps): « il s’agissait, avec les Juifs, d’éliminer l’Ethique. Ce témoin disparu, le massacre généralisé pourrait se dérouler sans gêne ».

Si la production de savoirs départit de réseaux, s’organise à partir de topos, de groupes; si l’histoire est narration, performative le plus souvent, le plan n.s. (initialement inscrit dès 1920: « proramme en 25 points » et évocation du « nationalsocialisme« ) fait un usage excessif de la volonté de langage (« le geste pur » de Gentile + la race).

L’opérateur flou allemand n.s. semble agir sur l’intensité d’une forme de « pensée magique », pourtant mécaniste, liée à la génération des parvenus: japonais, bolivien, brésilien, paraguayen, russe, italien, espagnol, portugais, turc… Parmi eux il affirme ses racines traditionnelles, au moyen de l’un de ses « marqueurs » les plus significatifs: la « feide », la vengeance, servie par un mode de construction néo-féodal.

Or appliquer l’ancienne feide, c’est abolir le Christ: Il a été ainsi rapporté au récit des « Dix rois de l’Apocalypse » : Pilsudski, Mussolini, Hiro-Hito, Franco, Staline, Pétain, Horthy, Rezah Shah, Antonescu et le tsar Boris de Bulgarie (Alexandre Adler).

Au début, l’un de ces anti-rois le fascine: le nazisme est un fascisme, sa variable en « exponentiel géomantique » (substitution, et inversion, de la croix christique).

Benito Mussolini, dit Il Duce (le chef), né en 1883 en Émilie-Romagne, est mort le 28 avril 1945, deux jours avant Hitler.

Le 9 juin 1902, il termine l’année scolaire et pour fuir le service militaire (comme Hitler), il émigre à Lausanne où il fréquente le syndicat des maçons et des manœuvriers, dont il devient le secrétaire et il publie son premier article sur L’avvenire del lavoratore (L’avenir du travailleur).

Ce qui existait à l’état de germes autour de lui ressemblait à si méprendre à ce qui existait en Allemagne sous forme de groupes: Gentile en Heidegger, Evola pour Rosenberg, Confindutria (la fédération patronale) pour « l’Association au long nom » (plus discrète), D’Annunzio pour Jünger, Ciano pour Goebbels

Or Mussolini, peut-être révolutionnaire lorsqu’il fût arrêté pour vagabondage en 1903 à Basel (Suisse), fut un dictateur totalement conservateur. Par exemple ses Accords de Latran (1929) font du Vatican un Etat, à qu’il donne une consistante indemnité financière (750 millions de lires) à titre de compensation pour les territoires enlevés au Saint-Siège en 1870. Surtout, le catholicisme est déclaré « seule religion de l’État ». L’enseignement religieux est obligatoire, le divorce interdit, les prêtres dispensés du service militaire…

L’intérêt pour « l’opérateur flou n.s. » se situe ailleurs: le modèle Fasci de l’Antichrist possèdait un trait déterminant pour le rôle: c’était un socialiste (depuis 1900) belliciste (dès 1914) et national, par exemple en 1921 (Parti National Fasciste).

Le fascisme (le sens) allemand (l’intensité) conspire -à partir de ce trait et de ces germes -, dans les années 20 à 30; en une opération à quatre groupes d’inverses (par un agent modérateur / amplificateur que ne possédait pas l’italie), au plus petit dénominateur « flottant »(ou « fable »), mais exclusif à ces groupes, dans le procès d’un « avalement final » dans l’hitlérisme, mensonge vide, mais lourd: la chûte de l’Etre dans l’Etant heideggerien n.s…

Le luciférianisme de Stephan Georg peut y communiquer avec le pôle « chrétien total », par des catégories tirées d’un lexique ésotérique relativement répandu: Lucifer n’est après tout qu’un fils de Dieu « un peu brouillon »; et qui revêt ici-bas les qualités de Loki.

Par le biais gnostique, et derrière le paravent des expériences de fin de soirées, les éléments de magie noire, qui réfutent tout dieu, auront leur place, au motif qu’ils le font « traditionnellement »; ils ne seront pas davantage désorientés par le contact avec l’utilitarisme, pareillement festif (futurisme) et athée (Krupp); et ce primo-matérialisme « s’emboitera » avec l’explication par la « force aristocratique de la nature » eugéniste / darwiniste sociale.

Parce qu’elle « finalise » cette structure imbriquée de « sciences » de la nature, raciste, en apportant le dépôt du « vril », de la doctrine secrète de Blavatsky et du rapprochement de Steiner avec le pôle post-nietzschéen (version Elisabeth), la structure « armaniste » de Guido List « germanise » ce corpus ésotérico-scientifique. Pourtant la structure des monde sque propose Guido List, nous livre une clef.

Elle se compose de trois « paliers » vibratoires (inutile de rappeler que les scientifiques des années 2000 n’ont pas encore validé):

I. zweieinig-zweispältige Zweiheit (La dyade bifidique-biune)
II. dreieinigdreispältige Dreheit (La triade trifidique-triune)
III. vieleinig-vielsäpltige Vielheit (La multiplicité multifidique-multiune)

Le principe dérivé de zweieinig-zweispältige Zweiheit est l’idée que la matière est de l’esprit « condensé » (notons la similitude avec le Vril et le Graal; le « geste pur » de Gentile s’en approche dangereusement sans la connotation de « pureté de sang » rappelée dans l »armanisme, dérivé de l’aryosophie); les seules différences entre matière et esprit apparaissent dans la situation exceptionnelle de cette essence unique (qui se nomme trois fois « deux »). Gageons que les critères pour juger – alors – seront bien éloignés de l’existentialisme de Sartre, ou de la théorie de la distinction de Croce.Ici peu de rapports non plus avec avec les points énergétiques de l’acupuncture; Guido List ré’invente la réalité sans le souci de Rudolf Steiner qui avait souhaité « coller » tant que faire ce peu à la réalité, quoique chez lui « ré-intitulée » dans le vocabulaire de la fable de Thulé-Christ et de la « terre creuse ».

Les indicateurs armanistes de telles situations d’esprit en matière « condensée », traceront les balises du chemin entre la chûte effroyable de l’Atlantide, pour conséquences de contamination raciale, et la nouvelle Germania, sous régime armanen, non réellement différent du Germanen Orde (Pohl, Freesse – 1912), ou de l’Union du Marteau (Théodor Fritch, Gottfried Feder).

Le même réductionisme, cette fois-ci centré sur la proposition « Une » (Dieu), exclusif de tout autre chiffre, ferait le fond des thèses de Friedrich Hielscher, animateur de l’Anhenerbe.

Paradoxe du dualisme ontologique, procès subjectiviste, sur cette planète « anti-système » qui produit l’Etat SS (Eugen Kogon), ou monade-anti: « Ni est (soviétique), ni Ouest (capitaliste) ! « , polarisée à l’inverse du champs usuel du « fer à cheval » démocratique: l’hyperchrétien (Carl Schmitt, relayé par le centre-droit et v. Papen) pose la question du « retour à la théocratie ». Schmitt trouve son thème à l’opposé, chez notre petit journaliste d’extême gauche qui a bien réussi -momentanément – dans un italien « Stato totalitario », à qui on aura supprimé le « o », italien et le « taro » trop proche du français « taire »…

En écho, le militaire parle de « guerre totale  » (Ludendorff 1938), les bombardements de Shangaï et de Guernica changent définitivement les modalités de l’affrontement, aussi puissament que les guerres napoléoniennes et leurs conscrits, pour passer de Verdun à Hiroshima.

La prochaîne guerre, unanimement chrétienne… réclamerait sa part de boucs émissaires (cf R Girard); Juifs ou différents de l’aryen n.s.: l’exutoire du schisme de la Réforme, – pour un néo-temps de « chasses aux sorcières »- (rappel, 1480 / 1780: 30 000 victimes, dont 2/3 dans le nord-est et centre de l’Europe).

Une scission au sein du camps chrétien, illustrée par la résistance quasi-messianique de « La rose blanche » et de ses deux tuteurs: le protestant à Munich et le catholique à Stuttgart;

Une chrétienne déchirure, colmatée au provisoire par la nomination de Monseigneur Pacelli, Nonce d’Allemagne signataire du Concordat de 1933 avec V Papen, élu au siège papal du Vatican en mars 1939.

Le superlatif troisième Reich est né – dans le calme breveté de sérieuses affaires, non loin sur la carte politique de ces religieux White Power-, dans un rêve ré-armé, mélangé de 1492 et de 1870, aux thèmes désormais inhabituels (la modernité), mais archaïques (la précarité), qui « ouvrent une boite de Pandore » (des mots du fils de Hausopher, Albrecht), et sera forcé de montrer son vrai visage d’impuissance – au 1er sept 1939 -.

Mais en ce début des années vingt, Rudolf Steiner pourrait encore prétendre au rôle de Messie. Le 31 décemmbre 1923, cela lui vaudra l’incendie criminel de son « Goetheanum » de Dornach en Suisse…

Voilà que paraît un nouveau joueur de flûte de Hamelin (T. Mann), au portrait du tueur homosexuel en série Hartmann (K. Mann), et – comme tout le mouvement – il bigle: l’oeil-Nietzsche vers l’oeil-Wagner, se fait hôte chez les Cantacuzène-Bruckmann, remue dans sa culotte de peau et hurle contre la démocratie, il n’a en tête que les combats contre les indiens d’Amérique de Karl May, ne retient de Shopenhauer que l’idée de volonté. Ses problèmes de vue rendront un pays aveugle, une cécité hystérique (1918 – Pasawalk), dont les traces avaient été camouflées, mais que l’initié rapprochera de celle de Guido List, tournant du siècle et « découverte » des runes Armanen, celles de certains SS.

Le Cas-Staline « déforme » Marx, par la « dictature du prolétariat » et « l’unité de la volonté dans le parti », et produit un individuseul (« éliminant méthodiquement chaque membre du « Tapis vert » « (R. Luxembourg)), dans un Etat-esclave-.

Le Cas-Hitler passe par la qualification d' »individu-meute », c’est une génération qui se refuse à voir le vrai Nietzsche, jusqu’à se déliter systémiquement, en Etatmort-.

« Guérir de l’un et l’autre suppose ré-inscrire Marx, philosophe du travail, et Nietzsche, philosophe de la vie, dans leurs réalités complémentaires » dira Jean-Pierre Faye, « l’erreur venant de ce qu’à leur manières différentes, les deux penseurs auront voulu « tout » dire… »

Double déformation donc, si dans le cas du stalinisme, la mort n’a pas été systématisée…

Un double triangle détermine les marqueurs pathologiques de « l’opérateur flou n.s. » qui lui n’a pas hésité à franchir le pas:

T/1: Carl Schmitt, a droite, Ernst Jünger à gauche, et Martin heidegger qui « titube dans la métaphysique » (cf Le piège, JP Faye) entre les deux points;

T/2: Himmler, à droite, Goering à gauche; et Hitler, idem.

Une version d’échelle de l’opérateur flou n.s. le visibilise, « de l’extérieur »:

T/3: Hoover, à droite, Béria, à gauche; et Goebbels en opérateur flou.

Tracées d’après le quadrilatère politique des groupes transfinis au spin inversé, les résolutions topographiques T1 & T2 déterminent le champs cognitif n.s.; où les auteurs s’en sortent et les acteurs se suicident.

L’étude de syndrome présente l’individumeute en sujet décisif de « opérateur flou n.s. ». C’est à dire que sans lui, l’Allemagne aurait pu verser dans une situation d’ordre, comme il en existait dans bien des pays. Or avec lui, par des « mains juridiques » chrétiennes (Carl Schmitt / Hans Frank), le dogme de la Communion avait été inversé.

Sur 21 participants, 13 étaient « docteurs en droit », à Wansee (1942), quand « l’anormal était devenu le normal« . (C. R. Browning)

L’individu-meute, après l’echec berlinois (mais non bavarois) de Kapp (1920), puis sous l’ascendant de Luddendorff (1923), se positionne entre droite et droite-ultra, pouvant ainsi passer pour un élément modérateur, mais sachant se faire grand perturbateur. Petit courtier militaire, il va relier et additionner les groupes Bü, Vö, Jk, Nb.

Goebbels (pour les masses) et Hugenberg (pour l’élite), lui offre de multiplier ces ensembles langagiers, derrière un « manteau idéologique », celui de « Grands travaux », et à partir d’un espace énigmatique, décrit par un narrateur de la Société pour une « Ecriturité » (schrifttum) Allemande (automne 1932, Docteur Adolf Ehrt): « si l’on se représente les partis et courants allemand sous la forme d’un fer à cheval – in Hufeisengestalt -, à la courbe duquel campe le zentrum, et aux extrèmités la KPD et la NSDAP, alors l’espace du « Front Noir » se place entre les deux pôles du communisme et du national-socialisme ».

La nuit des longs couteaux achève de le stabiliser, par la destruction de ses « bords », et de ses témoins: il ne reste guère d’entraves pour transposer ses significations sur l’ensemble: en Etat-Total.

L’un des axes (Bû / Vö) se posait des questions mystiques. L’autre droite (Jk / Nb) était « terre à terre », oeuvrait avec le charbon, l’acier, le zinc prussien et la révolution, -mais de celles qui ont trop lu Barrès pour comprendre La Commune-.

Aucun de ces groupes à lui seul, n’aurait pu entraver la normalisation de l’Allemagne. L’initiative de militaires allemands bavarois en 1918, prétendûment d’information, mais sous-tendue par des réseaux diplomatiques fuligineux, prendrait, grâce cette addition sans accoups (via l’individu-meute), une forme inespérée, par l’accrochage à son ressentiment de moyens de diffusion, avec le « salon des Messieurs » (HerrenKlub), d’où s’initie « le Troisième Reich », en protection du titre « National-Socialiste », -déjà proposé sans succès à Wilhelm II, en 1913, par l’armée, jugeant la politique de Bethman-Olweig trop conciliante avec la gauche-.

Il n’y aura rien à admirer dans cette fracture de l’espace-temps, par eclipse de la dimension « Ethique ».

Sa substitution, à partir d’un point flottant (Hollenzollern + Graal) qui fabrique des glissements fonctionnels, infecterait les mots et « supprimerait la grammaire et la syntaxe » (H. Wismann / J. Bollack) , pour se se poser, avec Heidegger, -lui et son peuple seulement- en source autentique.

Ce point fonctionnel de départ, permettant d’entrée à Hitler-individumeute de s’émanciper de l’armée, – qui « nettoie » les villes agitées de l’après-guerre, qui lance le stratagème, et crée le modèle (Junger: travailleur-prêtre-militaire), mais ne pourra plus, à temps, maîtriser le mauvais garçon (H. Wismann), -ce facteur de croissance dysharmonique-, situation qui aboutît à l’attentat de Von Stauffenberg.

Les difficultés économiques augmentaient les probabilités, près de 1 pour cent au départ, pour l’opérateur flou n.s. de gagner le pouvoir; déflation (1922) et inflation (1929) faisaient de Weimar un rêve doux, mais complexe.

Enfin, les qualités de ce que la magie dénomme « égrégor », en l’espèce s’apparente à un énigmatique « trou noir »; dont l’allié involontaire et peu maîtrisable, tenait dans la culpabilité des vainqueurs de 18, grâce à laquelle « l’opérateur flou n.s. » parvînt à respectabiliser son intention de vengeance, au masque « sacré ».

CONCLUSION

Virginia Woolf avait prévenu en 1940: « maintenant beaucoup sont touchés par l’oppression que nous les femmes vivons depuis l’invention du patriarcat; le concept de race prolonge et élargit cette exclusion »;

Déjà la guerre était -depuis la plus haute antiquité- un vecteur d’identité et de prestige; poussée à son comble par le nazisme qui lui assignait une fonction pseudo-religieuse.

En toile de fond se situe le combat de sectes « blanches » et croyantes avec les sectes « noires » et matérialistes.

Des unes aux autres, voici quelques unes des sectes gnostiques, lucifériennes ou satanistes, dont la modalité chevaleresque « floute » les motifs de l’adepte comme ceux des recherches:

1861 Eulis Brotherhood : Pascal Beverly Randolph

1864 Knights of Pythias

1868 Societas Rosicruciana in Anglia : Robert Wentworth Little

1869 Bristol College of the Rosicrucian Society : Benjamin Cox, Francis George Irwin

1870 Ancient Arabic Order of Nobles of the Mystic Shrine

1870 Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm : John Yarker

1874 Order of Ishmael : Kenneth Robert Henderson MacKenzie

1870 Brotherhood of Light : T.H.Burgoyne

1875 Theosofische Beweging : H.P.Blavatsky, Henry S. Olcott, William Quan Judge

1876 United Order of the Golden Cross : Dr. J.H.Morgan

1876 Mystic Order of Veiled Prophets of the Enchanted Realm

1878 Societas Rosicruciana in America ( afdeling van Societas Ros. In Anglia )

1878 London Spiritualis Alliance : William Stainton Moses

1879 Societas Rosicruciana in Civitatibus Foederatis : enkel voor Vrijmetselaars

1880 Societas Rosicruciana in Canadiensis

1880 Illuminaten Orden : Theodor Reuss, Leopold Engel, Max Rahn, August Weinhalz

1882 Order of Light : William Alexander Ayton

1884 Hermetic Brotherhood of Luxor : Max Theon

1886 Order of the Cross and the Serpent : Peter Davidson

1888 Orde Kabbalistique de La Rose+Croix : Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan

1888 Hermetic Order of the Golden Dawn : MacGregor Mathers, William Westcott, Woodmann

1889 Fraternité de L’étoile : Réné Caillié, Albert Jounet

1890 August Order of Light : John Yarker

1890 Universal Gnostic Church : Jules Doinel

1891 Ordre de La Rose-Croix Catholique et Esthétique du Temple et du Graal : Joséphin Péladan

1891 Suprême Conseil de L’Ordre Martiniste : Augustin Chaboseau, Papus

1892 Ordo Rosae Rubeae et Aurea Crucis : Mac Gregor Mathers, William Westcott Woodman

1892 Ordre Eudiaque : Hector Durville

1893 Ordre Mixte International du Droit Humain : Maria Deraisme, George Martin

1896 Sociéte Alchimique de France : François Jollivet-Castelot

1896 Church of the Paraclete ( Gnostische Kerk )

1896 Fratellanza Terapeutica Magica : Giuliano Kremmerz

1899 Fraternitas Thesauri Lucis : Papus

1902 Societas Rosicruciana in Germania : Theodor Reuss

1903 Stella Matutina : Robert William Felkin

1906 Ordo Templi Orientis ( O.T.O.) : Carl Kellner, Heinrich Klein, Franz Hartmann, Theodor Reuss

1906 Mystica Aeterna : Rudolf Steiner, Marie von Sivers

1907 Ordo Novi Templi : Lanz von Liebenfels

1907 Germanische Glaubensgemeinschaft : Ludwig Fahrenkrog

1907 Eglise Catholique Gnostique : Jean Bricaud, Papus, Fugairon

1907 Argentum Astrum : Aleister Crowley

1908 Guido von List-Gesellschaft : Lanz von Liebenfels

1908 Fraternité des Polaires : Mario Fille, Cesare Accomani

1908 Rosicrucian Fellowship : Max Heindel

1910 Rite Philosophique Italien : Frosini

1911 Hohen Armanen Orden : Lanz von Liebenfels

1912 Germanen Orde : Theodor Fritsch, Hermann Pohl, Philipp Stauff

1912 Order of the temple of the Rosy Cross : Annie Besant, Marie Russak, H. Wedgwood

1912 Antroposofische Vereniging : Rudolf Steiner

Les « glissements fonctionnels »

octobre 10, 2007

Le paradoxe de la logique de l’efficacité, de la compétition et de l’individualisme est qu’il tendent vers l’uniformisation et l’exclusion, – tare administrative, violence des marchés -.

La table des matières d’une économie de la singularité, de la distinction et des propositions logiques, serait remplie de dispositifs d’information et de jugement, de médiation.

Mais l’ignorance et le préjugé résident au coeur du syndrome n.s., dont le troisième effet destructeur, la folie raciale, est un produit de l’idéologie du « völk », née à partir de l’opposition à Napoléon et à la révolution française.

Mais qui peut aussi avoir été utilisée cyniquement depuis les salons « occultes », dans le but d’invertir le dogme et le rite de la Communion de  Pâques; c’est ce que Schmitt ne sait pas ou refuse à voir, lui qui prétend le défendre contre la séparation de l’église et de l’Etat…

Six sources textuelles donnent les affluents du fleuve « Mein Kampf » (1923-26 – Hitler / Hess, Haushofer, Stempfle) :

Un bord externe universitaire, « présentable »…

MK/1- le Traîté sur l’inégalité des races, de A. Gobineau

MK/2- la « géopolitique » de « l’avancée vers l’est », de F. Ratzel

MK/3- « l’écologie » raciste, de E. Haeckel

Ce plan d’éxécution de parties de la société, au profit d’une sélection eugéniste et d’une croissance hiérarchisée « racialement », revient sur les procédures d’émancipations; il en obtient le blanc-seing de clergés.

Pour B. Stempfle, l’intention de « vengeance chrétienne contre le peuple deïcide », est ce bruit de fond de l’histoire qui se fond si parfaitement – depuis 1492 – avec la « supériorité blanche » de K. Haushofer. Et nous savons, notamment par Ian Kershauw, que les feuilles de papier étaient apportées à la prison de Landsberg par Winifred Wagner: la fable en sera allemande.

La mécanique est duelle et donne le sens; l’opérateur flou donne l’intensité: la langue des croyances se sert du vocabulaire de celle des marchandises, pour retrouver l’accord, perdu par la faute des Lumières et de sa « métaphysique », avec la philosophie de l’histoire: Spengler, Chamberlain ou Rosenberg, les marqueurs n.s. , pourtant en état de rêve éveillé, auront pour vocation la stricte description empiriste, résumée par le lieutenant-colonel Krick, du SD de la Gestapo:  » la vie quotidienne…ses petits tracas, ses joies…débarrassée enfin de la métaphysique nihiliste« , un néologisme bientôt heideggerrien et de circonstance, pour un matérialisme tout neuf, d’accord avec cet autre matérialisme qu’est la magie noire, au foyer démonique de l’ésotérisme raciste (tel que la « théo-zoologie » de G. L. Lienbenfiels).

Ensembles destinés à revenir sur l’avancée religieuse en terme de « sacrifice » (substitution n.s. de Pâques par l’anniversaire du Führer) :

MK/4- The coming race, de E. Bulwer-Lytton

MK/5- La doctrine secrète, de H. Blavatsky

MK/6- Les runes secrètes, de G. List

Ce recueil, sur les origines mythiques et le destin sans égal de « la race des seigneurs » (Herrenvölk), s’accorde avec la mécanique performative de la première partie, pour décrire une société « aryenne » supérieure autant qu’imaginaire (plus que symbolique cf J. Lacan).

Or, Himmler le déclare, en 1943 à Posen: « la page magnifique restera non-écrite… »: ce silence menteur lié la destruction et à « l’ésotérisme », redoublé du suicide final, a impliqué la recherche de preuves, autant que leur organisation (les critères de « la personnalité autoritaire »- T. Adorno, l’orgonométrie – W. Reich, l’économie narrative – J.P. Faye…).

Les six sources principales de « l’Anti-bible » seront, par exemple, complétées par les « protocoles des Sages de Sion » (pp 325 à 327 pour diverses éditions de Mein Kampf ), dont l’historien français Edouard Husson mentionne l’insistance crédule d’Hitler, – mais qui peut aussi signer un fond de perversité, avec l’annonce d’une politique de conspiration millénariste -.

Pour tenter de saisir ce type de conte « qui se déconte », la présente étude (pour « l’archéologie des savoirs » (M. Foucault) afin de restituer l’information au plus près de ses emmeteurs; et par la « nouvelle histoire » qui cherche à définir des « nouveaux objets »), isole un sombre « syndrome n.s. » agi par un opérateur flou, et décrit, sur une échelle de conversion, le passage du fascisme au nazisme, pour singulariser les thèmes n.s..

Le théorème post-hégelien de Georges Bataille: « le dictateur est l’esclave de ses propres règles » concerne particulièrement « l’opérateur flou n.s. », qui va subir la condamnation la plus globale, pour être replacé dans l’histoire telle qu’elle se trame, à partir d’un mot meurtrier et du maelström de ce prédicat, – dans le style nocif du tout aussi peu scientifique « anti-sémite » – : « race » désignait un caractère de la « lignée », appliqué jusqu’au 16ème siècle à la noblesse et aux animaux, soutiré à l’Eglise pour justifier l’asservissement dans la progression colonisatrice, est passé dans le vocabulaire. Et si une classification « raciste » est reprise par Voltaire, Buffon, Kant ou Linné, qui affecte l’anthropologie jusqu’au années 1960, elle fût combattue déjà par Montesquieu, Rousseau et les frères Humboldt, jusqu’à Einstein et Freud.

Malaise dans la civilisation: alors qu’en France l’affaire Dreyfus va coaliser les droites, un nouveau type de prison en barbelé va disséminer horizontalement sur la terre, le principe terriblement vertical de la puissance blanche…dès 1896, à Cuba, pour les femmes et les enfants créoles, sous l’égide de l’Espagne; en1899, en Afrique du sud, pour les Boers et sous l’égide des Britanniques.

Heinrich Goering, dirigeant une colonie allemande, institue un système d’apartheid, précurseur, en Afrique du sud-ouest. Premier gouverneur de la Namibie, la repression commence en 1884 et « finit » vingt ans plus tard, par le massacre général des Herero, sous le général Lothar von Trotha, sur « ordre impérial d’anéantissement » (1904): 60 000 victimes, à quoi s’ajoutent 10 000 Nama tués; des groupes non-insurgés seraient aussi fortement affectés: San (Bushmen) et Damara (cf Serge Bilé).

« Konzentrationslager« , utilisé, pour la première fois, dans un télégramme de la chancellerie daté du 14 janvier 1905, radicalise le sens de destruction du terme espagnol « reconcentracion » – déjà expérimentée à petite échelle pendant la Guerre de dix ans (1868/78) – et à l’anglais « concentration camp« .

Lorsqu’il oppose Eros à Thanatos, lorsqu’il prescrit le domptage des pulsions, Freud determine les enjeux à venir…

Himmler l’Artaman, dans ce tableau théorique, ne serait plus que l’entité « agie » par le contre-sens et l’acculturation, rythmée par la mystérieuse « pulsion de mort »; de même pour Goering – fils, chargé de régler les modalités d’une « solution finale de la question juive » en 1941, par Hitler, lui dont les premières figures d’altérité honnies étaient slaves -comme peut-être son grand-père-.

Deux thèses sur l’action de ces anti-personnages se conjuguent et cherchent leurs limites: pour les « intentionnalistes », c’est un parcours orienté vers un objectif génocidaire juif, clair dès le départ. Les « fonctionnalistes » ajoutent un flou d’intentions et surtout la sinuosité, les détours et l’improvisation, les impasses, dont le régime féodal nazi, conglomérat de bandes en lutte sous l’arbitrage énigmatique du Führer, ne serait sorti qu’en radicalisant à chaque fois la persécution.

La grandiose religion du néant qui trouvait moderne de réactiver le sacrifice humain, et malgré d’impressionantes « retraîte aux flambeaux », « commémoration des seize martyrs » et « cérémonie du drapeau de sang », cachait ses objectifs primaires derrière la justification de guerre (antidatation de l’Action T4, au 01/09/39).

« Solution complète », « traîtement spécial », « Est »… ce « camouflage verbal » (R. Hilberg) servait -sinon la culpabilité-, au moins une sorte de peur, une pudeur qui trahissait une limite, un trouble réglé par un « devoir de maquillage ».
Il faudrait mieux chercher – ailleurs – l’endroit où la vérité reprend son sens de réalité:

Fin des années trente, Dumézil découvre la « fonction tripartie » des anciens indo-européens ( « arya » en sont « les nobles » (sanscrit)). Aussitôt, les nazis intègrent cette nouvelle donnée, de sorte qu’après-guerre, Dumézil est accusé à tort de nazisme.

Le chercheur français qualifie le procédé nazi par un terme désormais central à l’étude du syndrome n.s. : « le glissement fonctionnel ».

L’un des exemples entre tous serait l’annexion du « devoir kantien » prétexté par Eichmann, à son procès (1961), quand en réalité, dans le régime n.s., le devoir se pliait au fuhrerprinzip…

Ce rapport à la langue même trahi un sado-masochisme destiné à s’infiltrer dans la société, en économie désirante.

Selon Erich Fromm, afin de comprendre en grande partie les rapports de Hitler aux masses allemandes:
« Mein Kampf nous offre de multiples exemples d’un désir sadique de puissance. L’auteur méprise et « aime » les masses allemandes d’une manière significative et il libère ses impulsions hostiles en les déchaînant contre ses adversaires politiques. Il observe que les foules éprouvent de la satisfaction dans la domination. »

D’autre part, la psychologie hitlérienne est un bon exemple du mécanisme de projection qui justifie le sadisme en tant que défense contre les supposées agressions et conspirations anti­germaniques:

« Le peuple allemand et lui [Hitler] sont toujours innocent et leurs ennemis des brutes hypocrites. Cette partie de sa pro­pagande relève du mensonge conscient et délibéré. Elle revêt pourtant, dans une certaine mesure, la même « sincérité » émo­tive qu’on décèle dans les accusations paranoïaques. Chez le névrosé, celles‑ci servent toujours à se défendre contre des êtres inventés de toutes pièces pour servir d’exutoire à son propre sadisme et à sa soif de destruction. »

Or , « le fascisme, écrivait Wilhelm Reich en 1942, en tant que mouvement politique se distingue de tous les autres partis réactionnaires par le fait qu’il est accepté et préconisé par les masses  »

Source http://www.anti-rev.org/textes/Brohm00a/

Le fascisme entretient l’adhésion psychopolitique au chef, là où le nazisme la saisie pour son projet, génocidaire et flou:

La  » transmutation [du] système philosophique  » en  » communauté politique de foi et de combat « , capable de faire  » prendre corps à l’idéal « , ne peut se faire que par  » la conquête de la grande masse « . (Mein Kampf)

A partir de la déformation majeure de Nietzsche (le surhomme) initiée, sans doute, fin dix-neuvième siècle, par Rudolf Steiner, avec la permission d’Elisabeth, la conte se fait impératif. S’ y agitent pantins et automates: Golem renversé, Pinocchio maléfique, Frankenstein intellectuel d’avoir dévoré un livre de Hörbiger, trouvé à la gare…

Un monstre revenu de l’antiquité pour asservir tout sur la Terre: le Béhémoth (F. L. Neumann).

Les trains avanceront en effet, mais dans la nuit et le brouillard; le taylorisme conjugué au darwinisme social, dans une catastrophe aux allures de « synthèse unique » (Enzo Traverso).

Le conducteur ? un / des fou(s) à la tête d’un pays, le rendant fou lui-même: selon la synthèse peu discutable de Saul Friedlander…

Une machine binaire (ami/ennemi), améliorée d’un « opérateur-fuzzy »; capable alors de probabilités plus tranchantes…

Pour le cognitivisme avançons que:

Si l’activité usuelle cérébrale est (1 / 0 / abst. de 1 / 0)

Fascisme: (1 / 0) (suppression du neutre)

Nazisme: (1 /0) /Fz n.s.

L’opérateur flou n.s. restant en débat.

André Lichnerowicz a posé, avec Jean-Pierre Faye, les jalons de mesures historiques:

Dès la guerre perdue, en 1918, à l’extrème droite du « Fer à cheval de l’Assemblée de Weimar », surgît l’image d’une croix: Bünd au dessus de Völkich, Néo-Conservateurs faces aux Nationaux-Bolchéviques, quatre forces « antinomiques nonantagonistes« , périphériques à un mystérieux « zéro »; celui-ci, par une imparable formule de la théorie des « groupes transfinis », de Gallois (Formule NS: « surhomme » (faussement nietzschéen) + « Graal » (abusivement wagnérien)), avale les groupes d’abord contaminés, pour terminer sa courbe mathématique en « Etat-total »…

Ce zéro central à des groupes opposés, qu’il additionne et multiplie; « Hôte muet » du Tat Kreis, gesticulant et peu courtois, mais adoubé par un « anti-Maître Eckhart »(« Le bolchevisme de Moïse à Lénine: Dialogue entre Hitler et moi » fut publié à titre posthume, il fût démontré par la suite que Dietrich Eckart l’avait écrit seul (Plewnia, 1970)) , et qui, avec ce vade mecum peu reluisant, réalise l’opération, stabilisée seulement avec la nuit des Longs Couteaux… il faut qu’il ait trouvé un point fonctionnel assez fixe, et général, pour servir la durée de son expérience, toute entière dédiée aux glissements fonctionnels, avide en énergie morte: d’anti-gravitation, d’anti-germination, d’anti-fermentation…autant dire de strérilisation.

L’effet multiplicateur de ce zéro muet, « ce professeur de gymnastique » (J. Cavaillès), accuse le paradoxe de la démocratie, qui, par les urnes, décidera du pire, notamment après 1928: car si au tournant du siècle vingt, la nation « invente » le terme de migration, le syndrome n.s va « le retourner », avec son dogme racial, contre elle: la suite déraisonnable du lien, détecté par Anna Arendt, entre colonialisme, impérialisme et « ruée vers l’Afrique » des années 1880, et qui finira dans un bunker, en 1945, à maudire les Allemands pour leur faiblesse…

POINT FONCTIONNEL: La Hakenkreutz « volée« 

Entre Wien et Bratislava, se situe l’ensemble archéologique de Carnuntum, camp romain et agglomération sur le Danube. Plus grand ensemble de ce type en Autriche, étendu sur plusieurs kilomètres, on y trouve deux amphithéâtres et une « porte », symbole du site: Heidentor, la porte des païens, en fait à la gloire de Constantin.

Ce 24 juin 1875, une promesse de réunification entre Allemagne et Autriche, le consacre comme nouveau lieu de pélerinage du mouvement pangermaniste, et titre le premier livre en deux volumes, publié en 1888, d’un paléo-nazi: Guido List préside gravement cette excursion; avec ses amis qui l’accompagnent sur les ruines de Carnuntum, lors d’une grande fête du solstice, ils veulent commémorer la bataille au cours de laquelle les tribus germaniques auraient vaincu les Romains, vers 400 après J.-C.
Après un rituel du feu, huit bouteilles de vin sont disposées en forme de croix gammée et enterrées sous la cendre.
Héléna Blavatski, dans les mêmes années, utilise ce signe qui bientôt ornera également le mobilier de porcelaine de la Cour russe et des drapeaux de la Centaine noire; et jusqu’au centre de l’Asie, sur les armoiries du « Baron fou » Urgern Von Sternberget, en 1919, sur les casques du Sturmbteilung de Rossbach, dans le Baltikum.

Admiration d’une croix païenne (y comprit par les représentants du Dieu orthodoxe sur la terre ) en guerre contre l’autre croix, celle de la communion christique, voilà bien qui s’accorde avec Bulwer Lytton (l’antichristique); en ce début des année 1870, plus de 30 ans après l’écriture du Rienzi et sa reprise par Wagner, l’écrivain anglais dépasse son « simple » rôle d’amuseur, de saltimbanque ou même de penseur, pour se faire devin, prophète de la race ultime: « The coming race », avec ce contre-évangile enragé, à l’intar de ces suiveurs allemands, renaîtra l’ hyperboréenne Atlantide, reliée aux extraterrestres mais réfugiée au Tibet…

C’est l’assignation à un individu ou à une communauté d’une identité spécifique que l’on peut appeler leur identité narrative (P. Ricœur – Temps et récit), ici, il s’agira y comprit « d’identité textuelle »… notre étude parlera alors d’infratextualité.

Il faut pour rétablir la « race qui vient » dans son prétendu droit de préséance, recouvrir les atours du promeneur initiatique: chemin (l’est), maison (allemande), coupe (graal), épée (de Longinus), sorcière (Savitra Devi), sorcier (K M Willigut, Janussen, Krafft…)…ici -sans rien enlever aux explications philologiques, ésotériques, économiques ou psychanalytiques -le travail sur le « rêve éveillé dirigé » (R Desoille) devient assez opérant et il convient pour étudier l’un des thèmes majeur n.s. (qu’il relierait sans doute à un problème lié à la féminité) -:

Le « pôle du Graal », fable double (Dieu /dieux germaniques), « adapte » le grand motif du moyen-âge de « Conseil féodal » (la table des douze et de l’Elu représente l’assemblée des Barons), qui ne tombe en désuétude qu’avec la Renaissance.

Il devient « empoisonné déjà, chez Wagner »(entretien avec JP Faye, notant cependant qu’en dernier ressort, le musicien se référe à la « Grâce du pardon » reçue par le chrétien de Jésus; le syndrome n.s. se résume alors: « le Walhala sans la pitié wagnérienne« ).

La figure curieuse du couple « odinisme – chrétienté », illustrée par le »Loup de Tannenberg » et sa femme Mathilde Luddendorff, mais aussi « le Christ et Wotan » de Carl Jung, le syncrétisme flou de Rudolf Steiner, le délire heideggerrien, les armoiries gammées de Jorg Lanz liebenfiels…nombre de ces tribulations portent leur témoignage à ce nouveau graal n.s.; si peu compassionnel qu’il fût en réalité.

A la recherche de la noble vasque n.s., le bund « Hollenzollern », des Thurn von Taxis et de la noblesse prussienne / pangermaniste, « adapte » l’histoire des templiers allemands, qui, non sans rappels de tueries et de fastidieux impôts, serait plus classiquement et davantage, caractérisée par un idéal sincère de construction et de paix, que par la folle « poussée vers l’Est » des nazis.

Le sulfureux Stephan Georg, et « l’Etendart des Casque d’Acier », Ernst Junger, alimenteront la figuration du modèle de messie ambigü, et de chef, avant de s’en voir amèrement dépossédés; tandis qu’en lieux camouflés, -dans les salons de grands financiers et dans les loges noires, gnostiques et ultra-, se concentreront les lourds motifs d’une version de l’apocalypse.

Sebbotendorf, le Maître de Thulé, ramène de Turquie en 1917, un modèle de confrérie, dont les structures ont pû être discutées avec des militaires allemands compétents, de ceux qui assistaient les Jeunes Turcs en 1915, puisqu’il faut considérer l’histoire des génocides comme celle d’une « culture » (cf J. Semelin)…

Un « après-Clausewitz »? le théoricien n’aurait-t’il pas qualifié la relance idéologique de rassemblement de toutes les forces politiques dans la guerre du Grand Etat-Major en 1916, et pour cela « l’annexion » d’Arthur Moeller-Bruck (admirateur du théoricien), de « montée vers une extrème » ? N’est-ce-pas à cette même extrème que vont se lier les espoirs froids de la droite la moins dogmatique -mais prête à tout-, avec les buts hystériques de marginaux et de hors-systèmes ?

Bien éloignés dans le temps de leurs initiaux déjà passablement politiques, ces nouveaux symboles (Graal – Hollenzollern) représentent un « noyau fuzzy » premier . Sa nature, en elle même vide, va produire le « trou noir de la démocratie allemande », qui s’alourdira pendant les années de crises financières 1922 et 1929.

Ellipses du »coup de poignard dans le dos« , magnétisme de la lignée des Saxe-Cobourg, Hohenzollern, Hollenzollern…et bientôt de l’un des fils de l’Empereur, « Terre creuse » de Hörbiger, défendue par René Guénon… l’opacité nécessaire, conquise par « biais de segmentation » de la fable aryenne (mais qui ne demandaient, en définitive, aux familles Wagner – Thurn v Taxis, et à leurs amis, qu’à bien se tenir à table), ouvre la voie, -en 1920-, à ce qui restait impossible en 1913: la naissance du NationalSocialisme, le « trop grossier stratagème« , selon les termes de Wilhelm II, présenté à lui par le clan de la guerre, pour lutter contre la politique de Bethmann-Olweig, jugée trop clémente avec la gauche internationaliste

La guerre perdue, le temps historique – décevant – tourne cyclique, et sonne l’heure de la revanche. Les trop volages « Oiseaux migrateurs » se mueront bientôt en « Jeunesses Hitlériennes« , le « kamarade » sera renommé « volkgenosse« …cette technique du mîme « en volk » comme politique fonctionnera désormais, jusqu’aux promesses de paix des accords de Munich -et aux célèbres « frontières entre la France et l’Allemagne définitivement fixées« ; veille de l’effondrement, temps borné où l’économie sémantique allait sortir des coulisses – maintenue là par le prestidigitateur (plus que « magicien« ) H. Schacht-, pour désormais imploser publiquement.

Et toujours en parodiant Keynes -puisque n’utilisant jamais que les parties négatives de ses distinctifs-, afin de substituer au consommateur, le cadavre et le travailleur forcé…

Voilà qui est rendu possible par le Totalstaat de Carl Schmitt, pris chez Mussolini, mais construit, pour le furherprinzip, comme une situation d’exception, et dans laquelle peut se déchaîner « la solution finale », ultime chasse aux Juifs, commencée près de deux mille ans auparavant (R. Hilberg, la destruction des Juifs d’Europe); solution d’étape, préfiguration d’une « aryanisation » néo-féodale, qui prévoyait l’élimination des slaves et des tziganes, et dans laquelle l’handicapé, le noir, l’homosexuel, le communiste, ou le franc-maçon, n’auraient tout simplement plus droit à l’existence; enfin, où le chrétien aurait vite regretté, -pour lui-même -, les armes décisives données aux nazis, tout au long de leur marche vers le pouvoir, puis dans la fondation « juridique » d’un Etat de non-droit.

Une néo-aryanisation qui ne devient comique qu’avec la mise en miroir des discours de Berlin et Tokyo, jumelles néanmoins concurentes au statut de « peuple élu »; et qui se basaient si lourdement sur un pseudo-principe « aristocratique de la nature », plaçant la « force » au dessus de la « coopération », – un système largement réfuté par la science moderne -(cf Simone Weil).

Malgrès la pauvreté et l’innocuité de ses sources textuelles, le syndrome n. s. conserve un pouvoir d’attraction certain, mais reste ce pauvre héritage bien consternant, par le rhyzome (répétition fractale) de « glissements fonctionnels » qui caractérise ses formes.

Lire

Yves Lacoste, Jean-Pierre Faye, Georges Mosse, René Alleau.

Graal

octobre 1, 2007

La Grande-Bretagne a connu de nombreuses vagues de peuplement et, bien que numériquement moins importante, c’est l’influence romaine qui s’est avérée la plus durable pendant le haut Moyen Age. Une influence qui marquera la légende arthurienne et offre un nouveau paradoxe du « Syndrome N. S. », si peu orienté au sud.

Nicolas Goodrick-Clarke (Les racines occultes du nazisme) rapporte qu’Hitler se démarquait de Guido List, Armanen ou Artamans, du Vril, ou des théosophes, en plaçant le Graal au centre de ces discussions « mystiques ».

Or, le Graal, inventé par Chrestien de Troye, s’il a l’avantage de « lier » les imaginaires chrétien et celte, est déjà issu d’une légende politique où, pour assoir son pouvoir, et faire pièce à sa rivale capétienne, la dynastie angevine des Plantagenêt va créer la saga du bon roi Arthur.

Rien dans l’archéologie, ni dans les textes ne permet de confirmer qu’un roi unique ait jamais, au Vème siècle, rassemblé tous les petits roitelets qui peuplait l’île britannique.

Mais Henry Plantagenêt, au milieu du XIIème siècle fût conscient du rôle de propagande que peut jouer la litterature, en particulier de « l’Historia regum Britannae » de Geoffrey de Monmouth, dont il va confier la « mise en roman » (en langue vernaculaire) à Wace, qui invente la très pratique « Table ronde »…

C’est qu’à la suite de l’invasion de Guillaume le conquérant, les normands ont besoins des bretons pour se faire accepter des saxons et faire oublier la bataille d’Hastings. Mais aussi il faut exister, par rapport au roi de France Louis VII héritier de l’Empereur Franc Charlemagne.

Or les premiers textes arthuriens évoquent non seulement une ancienneté par rapport à Charlemagne mais un messianisme: le roi Arthur n’a été « que » blessé à la bataille de Camlann, un jour il reviendra.

Nous pourrions à l’infini disserter sur cette légende -la plus importante en Europe pour le moyen-age.

Retenons surtout deux aspects du Graal:

-psychologiquement, « la coupe » revêt une importance fondamentale, elle est un des « symboles premiers » pour Robert Desoille

-Politiquement, elle permet de lier christianisme et celtisme, ce qui, pour un nazi lambda, n’est pas à négliger.

Lire

Anne Berthelot « Arthur et la table ronde » Gallimard

Hollenzollern

septembre 29, 2007

« Il faut que le nouveau Reich parte en campagne sur les routes empruntées par les chevaliers teutoniques » Mein Kampf

Il y a 700 ans, entre la Russie et la Poméranie, les Chevaliers teutoniques ont construit le long de la Baltique un des Etats les plus riches et les plus puissants du Moyen Âge.

Né en Orient au temps des croisades, d’abord en 1189 sous le nom d’Hôpital Sainte Marie des Allemands, cet Ordre religieux créé par des commerçants de Brême et de Lübeck pour héberger et soigner des pèlerins et des croisés allemands était devenu dès 1198 une force militaire redoutable.

En Palestine, puis en Europe dès 1220, on craignait ces moines soldats, à la cape blanche ornée d’une croix noire, dont le fanatisme religieux, encouragé par le Pape pour évangéliser le Nord de l’Europe, fondait un ordre à la discipline de fer (triple voeux de chasteté, pauvreté, obéïssance – homosexualité prohibée…) et dont la violence a permis, pendant trois siècles, de convertir et de coloniser la Prusse, les Pays baltes et l’actuelle Pologne avant d’être anéanti au XVème siècle dans une des plus grandes batailles de l’époque. C’était le 15 juillet 1410. Ce jour là, près de Tannenberg que les Polonais appellent Grünwald, dans la région des Lacs Mazures, les Chevaliers Teutoniques allaient subir une défaite dont ils n’allaient jamais se relever.

C’est qu’en cette fin de moyen-âge, la Lituanie (où, durant les année 30, Himmler enverrait des fonctionnaires de l’Ahnenerbe recencer les témoignages des derniers anismistes du continent), avait fini par être christianisée et s’allier à la Pologne: le troisième Ordre issu des croisades, après avoir perdu de son utilité allait être repoussé à l’ouest et faire naître la Prusse.

L’école nationaliste allemande a forgé dans cette mémoire d' »ouvrier du Christ » des milliers d’étudiants; mais ce sont les Nazis qui vont s’emparer du mythe, tout en interdisant après l’Anschluss l’Ordre, qui perdure à Vienne. Le Grand Maître sera même emprisonné quelques temps.

L’intérêt völkisch des Bund pour les Hollenzollern, – contre les Habsbourg supposés « multiraciaux » -, pose l’une des questions essentielles du nazisme, et que nous aurons l’occasion d’expliciter dans la définition de « l’opérateur flou » d’abord introduit par Carl Schmitt:

« Comment des marqueurs chrétiens ont ils pu servir leurs opposés antichristiques »; par quels sinueux « glissements fonctionnels » arrivent-on à transformer un mythe premier chrétien, en un outil anti-eucharistique ?

Un livre d’Hermann Hesse, de 1932: « le voyage en Orient » aàdéfaut d’expliquer cet inexplicable, montre au moins l’acharnement des bund « Hollenzollern », du nom d’un ancien grand maître devenu roi de Prusse, à pervertir la liberté.

Pour renouveller un anachronique « drang nach osten ».

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Les Chevaliers Teutoniques

D. Buschinger /M. Olivier

Elipse

Les Dires

septembre 28, 2007

L’intérêt de l’étude du syndrome NS est démontrée chaque jour par l’abondance de livres et de parutions sur le sujet.

Le soixantième anniversaire de l’ouverture des camps de la mort marque un tournant, puisque c’est l’heure des derniers témoins; et, alors que certains osent alors parler de « pornographie morbide », il fût enfin compris pourquoi tant de temps avait été nécessaire pour délier les langues: les rescapés, pour diverses raisons avaient choisi le silence, ou bien plutôt, la société l’avait choisi pour eux.

A la sortie des internés, l’Europe pensait « reconstruction », Nuremberg devait fixer la part des coupables pour l’éternité. Puis vingt années de recherches par Simon Wiesenthal et M. et Mme Klarsfeld amenèrent enfin le fonctionnaire banal du crime Eichmann, et d’autres coupables, comme les agents d’entretien de la mort et de l’esclavage d’Auschwitz, devant les tribunaux de l’Histoire. Encore vingt années furent nécéssaires à l’historiographie pour pénétrer les arcanes du système inédit NS ; mais c’est bien dans les années 2000 qu’une vision assez claire des culpabilités serait enfin établie.

La Wermacht était en première ligne dans sa participation à la « Shoa par balle » et l’avancée neo-teutonique à l’Est. Les « femmes du Diable »dont pas une n’occupaient de banc à Nuremberg voyaient leur rôle sur-évalué, en particulier Winifred Wagner, Helene Bechstein et Elsa Cantacuzène-Bruckmann ou les soeurs Mitford… Le rôle trouble de banques suisses, américaines et anglaises, y compris au plus fort du massacre, de 42 à 45, était enfin révélé.

Mais c’est aussi à ce moment qu’apparu -notamment par le travail de Georges Mosse et de Nicholas Goodrick-Clarke- une lumière plus expressionniste sur l’ensemble du processus NS ; si, déjà, René Alleau et Jean-Pierre Faye, dans les années soixante-dix, avaient prévenu qu’une infra-litterature -des plus délirantes- tenait lieu de philosophie politique à l’équipe meurtrière, cela entraînait peu d’attention de l’université sur cette infra-litterrature; -d’abord parce qu’elle ne fait pas partie des objectifs des bibliothécaires, ni même des libraires (« c’est de la litterature de gare » comme l’a décrit Jean-Pierre Faye)-; il faut bel et bien convenir aujourd’hui qu’une part nodale peut être attribuée à cette infra-litterature dans la conception du « furherprinzip », du « lebenraum », du « Reich de mille ans ».

« Il n’y a rien a chercher là » me dit Georges-Arthur Goldschmitt: redoutant, à juste titre, une somme de litanies aberrantes; l’approche restreinte-mais efficace-, pourra aussi bien s’en tenir à la polémique entre Kant et Jacobi (séminaire de Michèle Cohen-Halimi, université européenne de la recherche Paris 2006 / 2007).

Les Lumières et la raison, contre la Foi et le romantisme. Après tout c’est la thèse -vraie- de Viktor Klemperer, mais incomplète: comment imaginer Jean-Jacques (Rousseau) avec un casque à tête de mort ? Klemperer sauve sa thèse par des sommets d’érudition, de prédictions et d’humour; comme Goldschmitt qui sans cesse ré-interroge, et me précise que le romantisme allemand qualifie d’abord le sonderweg.

Mais si, cependant, s’effectue une plongée dans l’infra-textuel, les conclusions seront les mêmes que celles des historiens lambda, qui associent nazisme et colonialisme, et font du premier le prolongement « logique » du double parrainage infernal du second par l’église et le progrès.

La différence -obtenue par la description du plan ésotérique n.s.- est qu’aura pu être detecté un « opérateur flou nazi », destiné à rendre plus « humaine » la machine-esclave fasciste. Plus humaine, plus chaleureuse… et plus devastatrice.

Alain Cadillac alias « secondwar »

alain.cadillac@consultant.com

Pour une approche des associations de rappel

http://www.wiesenthal.com/

Pré-dire

septembre 27, 2007

L’étude du « Syndrome N-S » ayant engendré les événements de la seconde guerre mondiale, n’allait pas de soi pour moi. Je suis plasticien d’agit prop, pas historien.

Mais ma rencontre avec Jean-Pierre Faye m’amena depuis quinze ans à étudier le drame d’Auschwicz.

Ami-d’abord de Michel Foucault (à dix-huit ans) puis de félix Guattari (à 25), avec lequel j’animait un centre interdisciplinaire art-science, mes activités artistiques et associatives, parraînées par Deleuze, m’avaient conduit à l’université européenne de la recherche à Paris.

C’est le couvent des Récollets de Paris qui devait lui être destiné et pour lequel je me suis battu. Mais l’Etat a confiqué mon jouet. De mystérieux incendiaires criminels ont brisé l’espoir des Rimbaud politiques, qui eux même avaient brisé celui des méchants promoteurs . Puis quand le bâtiment fût sauvé et transformé en centre d’art, les places sont devenues chères et les visionnaires furent crucifiés comme d’habitude.

Pour me consoler Jean-Pierre Faye m’emmena en terre de philosophie. Or celle-ci, en France, implose -textuellement- au sujet d’Heidegger, qui, à mesure d’étude se révèle pourtant être un nazi pur et simple.

Le débat se mène principalement au terme de « sauvetage de ce qui peut l’être », de Jünger et de Schmitt.

C’est un sport assez périlleux: leurs analyses sont fines et jurent avec l’innocuité du fond; pourtant trop d’erreurs rendent pour moi ce sport assez inutile, et je n’imaginais pas, au début de mon étude sur le nazisme, que ces erreurs même allaient révéler de stupéfiants messages.

Le procés heidegerrien, schmittien et jüngerien – en arc vers la droite, réunit un théocrate (C. S.), un nationaliste (E. J.), un mixte ( M. H. ); pour percer un trou vers l’enfer, par une vrille sémantique meurtrière, -au point de renverser le sacrement de Communion, comme les principes d’union patriotiques-, pour pareillement « flouter » les preuves de participation, -après-, -dès que la guerre tourne au désastre-.

Ce travail m’a apporté plus de confiance dans la foi et dans la démocratie, teintée de défiance pour ce qui imite l’une et l’autre, au point de la rendre génocidaire; et pire encore pour ce qui ne l’imite pas mais réclame le droit d‘être génocidaire, ainsi que Heidegger dans ses cours de 34.

Je suivis en particulier les cours de Denis Trierweiller sur Carl Schmitt, ceux de Jean-Luc Evrard sur Ernst Junger et surtout j’étudiais Heidegger par l’entremise des cours de Jean Bollack.
Or, il se trouve que j’avais une vague connaissances des réseaux de l’infra-culture ésotérique en même temps qu’une passion pour les recherches véritables sur l’organisation symbolique de Bachelard ou Dumézil.

Et durant cette pèriode où je travaillais sur le concept d' »Arts Magiques », je pris tout aussi bien connaissance des réseaux de magie noire.

C’est parce que ces réseaux ont joué un rôle important dans l’édification du nazisme, et en particulier l’oeuvre sous-évaluée en la matière de Bulwer-Lytton que Jean-Pierre Faye m’a conseillé de passer à l’écrit.

Si je serai flatté qu’un éditeur s’interressât à ces textes, je n’ai pas le courage de les leur présenter, aussi avançons et , avec Nietzsche, disons : « Oui! au Devenir ».

Alain Cadillac alias « secondwar »

alain.cadillac@consultant.com


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